Commémoration du 11 novembre

Dans le cadre du partenariat avec la ville noué autour de la Première Guerre Mondiale à Tournus, les élèves de Terminales L ont participé à la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918. Deux élèves : Cloé Vivant et Maël Guillet ont prononcé un discours ce 11 novembre devant le monument aux morts de la Ville à l’occasion de la cérémonie.
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Article mis en ligne le 10 novembre 2017
dernière modification le 13 novembre 2017
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Le discours était centré autour de l’état d’esprit, à l’avant comme à l’arrière, des personnes il y a 100 ans jour pour jour alors qu’on ignorait que la guerre allait continuer encore un an.

Discours 11 novembre 2017 (TL)
« Le nationalisme, c’est la guerre » disait François Mitterrand en 1995 lors d’un
discours plaidoyer pour la construction européenne. Il y rappelait sa naissance
pendant la Première Guerre Mondiale et ses jeunes années dans une famille qui
« pleurait ses morts » tout en entretenant une « rancune et parfois une haine contre
l’ennemi de la veille », « l’ennemi traditionnel »…
Le nationalisme n’est évidemment pas la seule cause de la Première Guerre
Mondiale mais il est un des moteurs du conflit. Il est aussi et surtout un des vecteurs
de la propagande dans chacun des camps.
Modeler les esprits pour haïr l’ennemi. Rendre la mort de l’autre, de l’ennemi, et
par là-même celle de ses camarades plus acceptable. Des mots pour justifier
l’horreur ; des mots pour atténuer la douleur.
Quel pouvait être l’état d’esprit d’une femme ou d’un homme le 11 novembre
1917 ? Bien évidemment, on ignorait que la guerre se terminerait un an plus tard,
jour pour jour. On espérait des nouvelles, on les redoutait aussi, on priait parfois…
A quoi pensait-elle ? A quoi pensait-il ? Qu’on soit sur le front ou à l’arrière, on
savait peu de choses. La censure interdisait la moindre nouvelle qui aurait pu
compromettre un moral déjà bien entamé par trois années de conflit.
Avait-on parlé des révoltes de soldats à l’Est comme à l’Ouest ? Peut-être se
racontait-on l’histoire d’une sentence à mort « pour l’exemple » contre celui qui
avait refusé ? Car « il faut tenir ». « La victoire est proche ». Il faut « garder
confiance », une confiance qui pousse les Etats-majors à modérer la sévérité des
tribunaux afin de réduire à 27 le nombre de fusillés. A quoi bon rajouter des morts
aux morts ?
Dans les journaux, on lisait ces articles qui glorifiaient l’entrée en guerre des EtatsUnis.
Le cours de la guerre allait changer. On en était persuadé. On s’en persuadait.
Savait-on qu’au loin, à l’Est, une révolution venait d’éclater en Russie ? Un
évènement sans doute tût et qui pourtant, à l’image de l’entrée en guerre des Etats-
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Unis, allait profondément changer non seulement le cours du conflit mais aussi
l’Histoire avec un grand H.
Parfois, on recevait des lettres dont quelques-unes nous sont parvenues. Ces lettres
de poilus qui décrivent toute l’horreur du quotidien d’un soldat dans les tranchées
ou ailleurs. Ces lettres au travers desquelles on perçoit l’absurdité de la guerre, des
« batailles décisives ». Ces lettres où transparaissent la peur, la brutalité, la folie,
le désespoir aussi…
Partout la lassitude est grande, à l’arrière comme à l’avant, d’un côté ou de l’autre
du front. On s’interroge sur l’utilité de tout cela. On rumine ces sacrifices inutiles,
ces batailles meurtrières, ces assauts suicidaires…
Mais cette lassitude laisse place à l’orgueil, au patriotisme quand il s’agit de
défendre son pays, quand il s’agit de défendre Verdun. « Ils ne passeront pas ! »
comme un cri de ralliement.
« Ils ne passeront pas », un slogan pour lequel tant de soldats, tournusiens et autres,
laisseront leur vie. Verdun déjà symbole de cette guerre. Verdun symbole de
l’horreur. Verdun, la nouvelle « bataille décisive », l’énième bataille décisive. « Il
faut en finir ». « La victoire est proche ». Mais la bataille de Verdun est terminée.
Verdun est sauvée et pourtant la guerre continue !
100 ans après, il nous reste une image déformée, recomposée et forcément
imparfaite de la Première Guerre Mondiale.
100 ans après, il nous reste cette vaine promesse de ceux revenus du front : « la
der des der », « plus jamais ça » et pourtant…
100 ans après, il nous reste des noms souvent anonymes : Paray, Nazareth, Terret,
Vincerot, Ravassard, Badin… ; des noms qui nous rappellent que la guerre
déshumanise au bout du compte.
100 ans après, il nous reste la mémoire. Une mémoire à honorer qui doit être
relayée pour ne pas oublier, pour ne jamais oublier.
100 ans après, il nous reste des mots : « le nationalisme, c’est la guerre ».




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